Emma
Mon mari a "accompagné" un proche, toxicomane, dans la communauté du cénacle de Lourdes.
Je m'explique : durant 1 semaine "d'essai" la personne est accueillie pendant la journée seulement. Les nuits sont à l'extérieur (hôtel, foyer, communauté religieuse...) et un accompagnant était vivement conseillé pour éviter que la journée se clôture par une consommation de drogue.
L'information est loyale. Rien n'est caché.
La règle de vie est très exigeante. Cette exigence n'est pas gratuite ou sadique. Elle a pour objectif de remettre les personnes dans la réalité.
C'est un profond dépouillement : pas de portable, pas de télévision, pas de piercing, pas de CD, pas de maquillage, pas de vêtements "mode"... On écarte tout le superficiel, l'apparence, le divertissement...
La personne se retrouve.
Elle travaille physiquement. Il y a des corvée de bois, du jardinage, la cuisine...et le soir la fatigue est là.
L'ange gardien, qui a connu la même galère, travaille en binôme avec celui dont il a la charge.Il lui apporte soutien et réconfort...l'aide à surmonter les caps difficiles.Cette relation personnelle, l'implication, l'amour, l'attention prodigués par son "ange gardien" est quelquefois bouleversante pour celui qui en bénéficie. Des liens fraternels se créent.
L'aspect religieux est réel mais on ne peut obliger personne à prier !
Pour le croyant, ou celui qui s'interroge le message fort est que Dieu aime personnellement chacun. Personne n'est trop minable pour Lui. Au contraire, chaque personne est unique, précieuse, irremplaçable.
Cette mise en perspective peut rendre à la vie.
Celui qui ne croit pas vit la même expérience d'amour fraternel que les autres. Les temps de prière ou la messe peuvent être des occasions de méditation, d'interrogation. Soeur Elvira, la fondatrice, disait à un jeune qui ne "pouvait pas prier"...Ce n'est pas grave, moi je prie pour toi.
L'amour qui se vit dans cette communauté peut être signe pour certains, aboutissement pour d'autres. Certains vont découvrir la Foi. D'autres non.
La liberté de chacun est respectée. Je ne crois pas beaucoup m'avancer en disant que tous sont accueillis !!!!!!!!
Il y a des maisons de filles et des maisons de garçons. (Pas de distraction à ce niveau-là non plus !) Ce n'est a priori pas un lieu qui peut accueillir un couple. (Il n'y aurait à mon sens aucun intérêt à cela d'ailleurs.)
Au dernières nouvelles, la personne que mon mari a accompagné et qui a quitté la communauté a cessé de se droguer depuis et n'a pas rechuté.
Les plus à même de répondre aux demandes particulières sont les responsables des maisons eux-mêmes.
Notre premier contact fut téléphonique. Mon interlocuteur avait connu la même situation que notre protégé...et c'était déjà bien réconfortant d'être compris.
Les premiers jours sont chargés d'espoir et de peur. L'espoir de voir enfin la lumière...la peur de l'échec. C'est très certainement un des meilleurs endroits où peut être ton fils aujourd'hui...(même si lui-même à l'instant présent n'en est peut-être pas persuadé.)
Ce qui se vit dans ces maisons est exceptionnel.
C'est à contre-courant de tout ce qui se vit "dans le monde"...
On existe sans consommer : les communautés vivent de dons. (Un maître-mot est celui de Providence...)
On existe sans paraître : les vêtements sont très sobres.
On existe sans communiquer à tout va (si, si...on peut vivre sans recevoir ou envoyer un SMS
tous les 1/4 d'heure !)
On existe sans chercher l'âme-soeur (quand on va très mal une vraie relation est d'ailleurs bien
difficile : comment vraiment rencontrer l'autre quand l'on est pas au clair avec soi-même ?)
Ce qui fait l'essentiel de la vie de tant de nos contemporains est passé à la trappe.
Place à ce qui compte.
A ce qui comble le coeur.
Les rencontres vraies.
L'amitié.
La solidarité.
L'entraide.
La gratuité.
L'effort.
L'exigence.
L'écoute.
Le silence.
Je pense que pour se retouver il faut du silence.
Tout d'abord à l'extérieur.
Puis à l'intérieur.
Se laisser aimer...puis un jour être capable de rendre cet amour.
Je peux moi aussi témoigner de l'extraordinaire solidarité humaine.
Nous n'avons jamais frappé à une porte en vain.