Estelle

Je m'appelle Estelle et je viens de France, d'une famille de cinq enfants. Nos parents ont cherché à nous donner une bonne éducation et la foi. Etant la plus petite de tous, je vivais dans la peur d'être oubliée; je regardais beaucoup mes frères et je voulais être différente; je voulais rester au centre de l'attention et je me comportais de façon à me faire remarquer; mais cela très souvent ruinait la paix de ma famille.

Vers treize ans, j'ai dû me confronter à mes souffrances et à mes peurs. Je n'étais pas capable de les exprimer à quelqu'un, en particulier à la maison où il n'y avait plus de paix et où l'on se parlait en hurlant.

Je me suis beaucoup renfermée sur moi-même, créant un monde à moi, fait de joies, de libertés et de beaucoup d'amitiés. Je mettais ce "masque" à l'école, où je n'étais jamais seule; mais de retour à la maison, j'étais triste, sans volonté et toujours en colère. Dans mon coeur, il y avait la solitude qui créait un vide toujours plus grand. Je ne savais plus si le bonheur que je faisais voir était réel ou seulement la fuite de l'obscurité que j'avais en moi. En cherchant une sortie à cette angoisse, j'ai laissé entrer en moi la tentation de la mort; j'ai essayé de m'ôter la vie, cette vie qui désormais n'avait plus de sens. Grâce à Dieu, la tentative n'a pas réussi et je comprends aujourd'hui qu'effectivement, je ne désirais pas mourir, mais qu'en réalité, ce geste était un cri de désespoir parce que je ne savais plus où chercher la vraie joie.

A dix-neuf ans, je suis partie de la maison et j'ai trouvé un appartement et un travail à Lourdes. L'indépendance m'a vite fait tomber dans une manière de vivre erronée: journées sans horaires, sans règles ni valeurs; en fait une vie sans vie, avec en plus l'illusion d'être libre: le mal m'avait eue pour de bon!

A Lourdes, j'ai connu la Communauté Cenacolo durant un témoignage: tout de suite, la joie et la sérénité de ces garçons m'ont touchée, mais je n'arrivais pas à accepter qu'eux qui étaient des "échecs" aux yeux de la société pouvaient être plus heureux que moi, qui pour le "monde" étais une "brave fille".

J'ai commencé à fréquenter la Communauté et je me suis rapprochée de la prière. Petit à petit, ma conscience s'est réveillée, même si au début, je continuais à vivre une double vie et à garder tout mon confort.

Certainement, les garçons de la fraternité de Lourdes ont saisi mon besoin, même si j'essayais de ne pas le montrer en étant fausse, pour toujours sembler allègre. Ils m'ont proposé de faire deux mois d'expérience en Communauté et j'ai fait confiance. Durant ces deux mois, j'ai toujours pensé de toute façon de retourner à la vie d'avant. Même si cela n'avait pas de sens, c'était cependant l'unique voie que je connaissais. Maintenant, je me rends compte qu'au fond je ne voulais pas découvrir quelque chose de nouveau qui me faisait peur. J'ai pourtant compris que j'avais besoin d'un chemin plus long, et j'ai surtout compris que j'avais trouvé Celui qui pouvait me donner la vraie joie, celle que je cherchais depuis si longtemps.

Vivant en Communauté et en écoutant les expériences de celles qui étaient comme moi, je ne me sentais plus très différente d'elles et je me reconnaissais dans les choses qu'elles vivaient. Cela n'a pas été facile d'accepter que moi aussi, ne m'étant pourtant jamais droguée, j'avais dans un certain sens "échoué", et que j'avais besoin de retourner à la vie.

J'ai eu peur de moi-même en voyant que, face à la vérité qu'on me disait, revenait le comportement d'auparavant ; c'est-à-dire de cacher la souffrance avec la fausse joie. Un jour, j'ai pensé: "Aux autres, je peux faire voir ce que je veux, mais je dois être bien avec moi-même, parce que c'est avec moi que je dois vivre tous les jours et toute la journée"; petit à petit, j'ai laissé à Jésus l'espace pour guérir mon coeur et je me suis laissée aider par les personnes qui vivaient autour de moi. La prière, surtout, m'a illuminée. Jésus est vraiment Celui qui connaît mes besoins profonds et qui m'aide à retrouver le vrai sens de la vie, à être vivante et à donner la vie.

Durant mon chemin en Communauté, j'ai eu le grand don d'être avec les enfants dans la fraternité de Cherasco: ils ont été mes professeurs de simplicité, de bonheur et de liberté. Ils ont soigné mon coeur blessé, ils l'ont ouvert à l'amour et ils m'ont permis de retrouver l'enfant qui ne vivait plus en moi. Aujourd'hui, je peux dire que je suis heureuse !

Je sais que ma famille a eu difficile d'entrer dans mon coeur, mais je sais qu'ils ont toujours prié pour moi, invoquant et obtenant la protection de Dieu. Je remercie la Communauté qui m'a accueillie pas seulement pour deux mois comme je le pensais au début, car le temps de Dieu ne se calcule pas et aujourd'hui il en est de même de mon temps.