L'enfer de la drogue livré sans fard
«La drogue, il est possible de s'en sortir, affirme Matteo, ex toxicomane. C'est un passage de
l'ombre à la lumière. Je veux témoigner de ça.»
Quatre anciens drogués témoignent auprès de jeunes vendéens
Matteo, Kurt, Steeve et Franco ont tous quatre sombré de l'insouciance de la fête à l'enfer de la
dépendance, petit à petit, sans s'en rendre compte. Ils ont tous quatre touché le fond, seuls, avant
d'échouer providentiellement dans un établissement de la communauté du Cénacle. «Je ne veux pas faire
la morale. Ça ne sert à rien, glisse Franco. J'ai juste à témoigner».
Âgé de 44 ans, cet italien est le plus âgé du groupe d'anciens toxicomanes venus témoigner dans les
établissements scolaires de Vendée. «J'étais timide. Pour surmonter mon mal être, très jeune, j'ai
commencé à boire des coups, puis à fumer», raconte-t-il. La dépendance à la drogue est un mécanisme
implacable. Bien souvent, au commencement, il y a l'alcool, le cannabis, la fête.
«J'étais le petit dernier, je pouvais faire ce que je voulais», raconte Franco, dont les résultats scolaires
sont alors catastrophiques. Les choses s'accélèrent lorsqu'il monte une discothèque, à l'âge de 22 ans.
Argent facile, vie nocturne, le jeune homme plonge et teste de nouvelles drogues, sans cesse en quête
de nouveaux plaisirs.
«À trente ans, j'ai commencé à consommer de l'héroïne. Là, je suis passé du plaisir à l'esclavage. Il ne
s'agissait plus que de survivre. Par deux fois j'ai tenté de me suicider.» Un soir de 2000 à bout de souffle,
«défoncé» devant son poste de télévision, le drogué décide de s'en sortir. Avec l'aide du Cénacle, il se
reconstruira pour devenir cadre d'un centre français de la communauté.
Steeve, le Français de la bande, est, lui aussi, entré très jeune dans l'engrenage de la toxicomanie.
L'alcool, dès 12 ans, puis le «shit», et enfin des médicaments et des produits de plus en plus durs : la
descente est rapide accompagnée de son pendant, la solitude. Le jeune homme est hospitalisé à diverses
reprises, sans jamais s'en sortir. Une amie lui indique le Cénacle. Il y passe une première semaine, puis le
quitte. Il y revient pour y passer deux mois. Après une nouvelle rechute, il finira par y trouver son salut.
«Il faut avoir touché le fond pour s'en sortir», juge-t-il.
Le cannabis, drogue dure
Matteo, lui, a sombré en cinq ans, avec le seul cannabis : «Ça a commencé au lycée, à quinze ans. Je
fumais du shit avec les copains. La fête était belle. On buvait, on fumait…» Petit à petit, Matteo
augmente sa consommation de drogue. Celle-ci devient l'unique moteur de son existence. Il s'isole et se
retrouve un jour tout seul.
Kurt, belge flamand, pensait ne jamais devenir dépendant de l'héroïne. Elle l'a pourtant pris en otage au
bout de son parcours. Garçon timide, il avait commencé par l'alcool et le cannabis, comme ses copains.
«Quand je voyais des drogués, je me disais que jamais je ne finirais comme ça. J'étais plus fort qu'eux,
plus fort que la drogue», raconte-t-il. Il ne l'était pas : «quand je me suis trouvé prisonnier de ça, je me
suis dit que j'étais devenu un drogué pour le reste de mes jours…»
L'ange gardien du cénacle
Outre un parcours de descente aux enfers, Steeve, Franco, Kurt et Matteo partagent d'avoir été sauvés
par le Cénacle. Fondée par sœur Elvira en Italie, cette communauté compte une quarantaine de centres,
dont quatre en France. Ils accueillent des toxicomanes et leur proposent une vie en communauté basée
sur le travail, l'amitié et la prière.
Chaque nouvel arrivant, qui doit avoir posé le choix de rompre avec la drogue, se voit confié à un ange
gardien, un «ex-toxico» sur lequel il pourra s'appuyer. Au Cénacle, les anciens drogués découvrent la
vertu de l'effort et celle du partage.
Dans les centres, qui ne mélangent pas garçons et filles, pas de médicament, ni de produits de
substitution, encore moins de télévision.
Le Cénacle, qui est présent à Lille, Lourdes, Ade (65) et Bartes (65), cherche un lieu pour implanter un
centre dans l'ouest de la France. Peut-être en Vendée…